Samedi 11 avril 2009
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... Et soudain, j'ai compris. Les derniers accords au piano résonnaient dans ma tête tandis que ce faisait la triste constatation. Mais la tristesse qui m'assaillit l'espace d'un instant fut vite
remplacée par un autre sentiment, plus joyeux.
Si ce n'était pas de l'amour que j'éprouvais mais juste une intense forme de fascination, comme je venais de le comprendre, alors il me restait encore à découvrir ce sentiment, au final toujours
inconnu. Ils étaient toujours aussi désirables à mes yeux, cette prise de conscience ne remettant pas mon désir en question, mais la perspective de sentiments encore plus forts à venir me
permettait de ne pas m'attarder sur la solitude de l'instant...
... Ce qui me conduisit immanquablement à me questionner sur les raisons de cette fascination. De ces fascinations. Ce n'était pas de l'amour donc, mais il n'en restait pas moins qu'ils
m'obsédaient. Celle qui partageait ma vie, partageait mes nuits par intermittence depuis plus de cinq ans, et l'autre, le nouveau venu, jamais rencontré, mais pourtant tellement présent. Trop à
n'en pas douter. L'un dans l'autre, je n'arrivais pas à faire de choix quant à l'attitude à adopter. Et c'était sans compter tous les autres, que je ne prenais pas en compte, ne mettant jamais
trompé quant à la nature de mes sentiments pour eux.
Je n'allais, je ne pouvais, m'apitoyer sur mon sort. Je n'étais pas à plaindre.
Car maintenant que je savais qu'il n'y avait pas d'amour dans ces relations, je pouvais raisonnablement me détendre et patienter tranquillement en attendant mon heure. L'envie de tout
connaître, de les consommer et de les posséder ne me quitta pas un instant et je savais qu'elle allait être ma compagne jusqu'à accomplissement ou, dans une moindre mesure, éloignement. Le passé
m'avait par trop de fois révélé ma nature passionnée...
Le coeur léger, je coupais la musique en me promettant de limiter les écoutes de titres trop mélancoliques. Mieux vallait éviter autant que possible les remises en question existentielles. Encore
une fois, je m'endormirais tard mais, jour de fête, c'est avec un faible sourire que je fermais les yeux.
Le lendemain, je me réveillais avec une pèche incroyable et même les températures atrocement basses et la perspective de devoir, une fois de plus, gratter mon pare-brise avant d'aller en cours,
ne purent entamer ma bonne humeur. Mes parents et mon frère étant déjà partis, j'en profitais pour lancer la stéréo et décidais de me préparer sur les rythmes entrainants, mélange électro-pop, du
dernier album des Black ghosts.
Une fois arrivé à la fac, le malaise émotionnel de ce week end avait complètement déserté mon esprit sans que je m'en rende vraiment compte. Le campus agissait sur moi comme un placebo. Quelle
que soient mes émotions en arrivant , j'étais toujours souriant et de bonne humeur en traversant les grandes pelouses entre les vieux bâtiments universitaires. Quelque chose dans l'air, peut-être
le poids des années, des générations qui s'y sont succédées, m'apaisait. Même les jours d'examens, c'est dire. Dans les couloirs du bâtiment dédié à la géographie, la matière que j'avais
sélectionné, on retrouvait constamment les même personnes, ce qui contribuait, affinités ou non, à donner un caractère prévisible, stable aux journées, presque rassurant. J'étais, sinon fier, au
moins content de pouvoir affirmer qu'aucun de mes camarades n'imaginait ses déprises émotionnelles qui se faisaient de plus en plus régulières.
Nous étions un groupe d'amis à se connaitre depuis les premières années universitaires et avec qui je passais le plus clair de mon temps hors de chez moi. Pourtant les moments de solitude, que je
savais nécessaires à mon équilibre, ne manquais pas.