Bonjour,
je suis un fidèle lecteur de votre site (j’ai 18 ans, ça doit être plus jeune que la plupart de vos lecteurs) et je le trouve formidable. Je voulais vous poser une petite question : est-ce que je
peux encore séduire une fille alors que je lui ai fait une déclaration d’amour, “a froid” ? (alors que je la connaissait encore à peine) S’il vous plaît, répondez moi et dites moi comment je
pourrais lui faire oublier l’erreur que j’ai commise. Merci.
Quentin
Quentin,
Je me sentais obligé de sélectionner ta question pour le courrier des lecteurs de la semaine, le souvenir de la première déclaration (et surtout de ses conséquences) ne pouvait laisser insensible
que celui qui ne s’y serait jamais laissé prendre. Or, comme tout le monde, je suis tombé dans le panneau, et je l’ai regretté. Pendant des années.
Dans un monde idéal, les gens souriraient dans le métro, Paris Plage n’existerait pas, les français seraient
toujours champions du monde de football… et il suffirait de déclarer son amour - comme on déclare ses impôts - pour être payé de retour. Dans la réalité cependant, les gens sont trop occupés à
suer dans le métro pour se souvenir de sourire, Paris Plage bat son plein de ringardise tous les ans, l’équipe de France n’a pas gagné un match depuis belle lurette… et les déclarations d’amour
se terminent toujours mal.
Vois-tu Quentin, le monde se divise en 2 catégories : d’un côté les stars multimillionnaires en dollars ou en livres sterling, à qui il suffit de pointer du doigt une fille dans une boite de nuit
pour qu’elle démissionne de son job dans la pub, l’épouse et parte lui faire des enfants dans un piscine de Beverly Hills, de l’autre côté les gens normaux, comme nous. Quand nous déclarons,
sinon notre amour, du moins notre fort intérêt à une personne, immédiatement cette personne nous gratifie d’un amical et chaleureux merci, avant de se désintéresser de nous comme de sa première
Playstation, celle qui meurt doucement dans le placard, étouffée par la pile des livres scolaires d’il y a 10 ans. Alors ce n’est pas comme dans les films à l’eau de rose, ce n’est peut-être pas
juste, mais c’est comme ça. Mais ce n’est pas tout, il y a pire.
Ce qui est pire, c’est que lorsque tu dis fuck à ta timidité pour te lancer et avouer à Julie que tu la manges des yeux tous les matins à l’école lorsqu’elle descend l’escalier avec sa petite
jupe H&M, tu scelles par la même la fin de toutes tes chances avec elle. Désormais, tu deviens, dans le meilleur des cas, un ami lointain, dans le pire un gêneur devant lequel elle détournera
la tête dans les couloirs.
Qu’aurais-tu pu faire, alors ? La réponse est à la fois simple et compliquée : commencer par la faire rire, créer de la connexion, de la tension, évaluer son intérêt, disparaître, incarner le
manque, revenir, acquérir de la valeur à ses yeux, évoquer une activité commune, projeter un rendez-vous, rendre le tout concret, etc. etc. Comme ça c’est difficile ? Mais tout est difficile,
quand on ne se contente pas de ce que vous offre le hasard. Si le hasard faisait toujours bien les choses, tout le monde aurait le métier et le partenaire de ses rêves, or ce n’est pas le cas.
Comment je le sais ? C’est facile : regarde les commentaires aigris qui suivent chacun de mes articles, et demande toi si des gens heureux et épanouis écriraient ça.
A bientôt
Spike
par Spike dit le "coach en séduction" dans
Lettre à Spike (le 10
septembre 2008)
Comme un camion